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elkhattabi
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29/10/2007 12:35:31 |
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Troupeaux et croyances. Le mythe suisse du mouton noir Par Réda Benkirane

lundi 29 octobre 2007
De bonnes et braves bêtes boutant un mouton noir hors de la prairie nationale. L’affiche de campagne du premier parti politique suisse, l’Union Démocratique du Centre (UDC), aura été décidemment le thème majeur des élections fédérales du 21 octobre 2007. Jamais une carte postale d’Helvétie n’aura fait si vite le tour du monde.

Initiative populaire fédérale « Pour le renvoi des étrangers criminels » Fédératrice des inquiétudes et des certitudes, l’image n’est pas vraiment une représentation raciale d’une Suisse de souche mais bien plutôt un instantané ethnographique. Même si, pour certains, elle soulève le coeur, l’image révèlerait une carte mentale, un motif, un pattern enfoui de la Psyché helvétique. Un peu partout le fondamentalisme l’emporte, mais ici comme ailleurs en Europe c’est le populisme qui ravit les masses anxieuses face à la complexité du monde. Reconnaissons donc à ces responsables politiques, à défaut de raisonnements fins sur la Suisse et le monde, le mérite de communiquer par ces métaphores de la bonhomie et du bon sens pour faire remonter de la psychologie des profondeurs des expressions autrement indicibles. Les dirigeants du Schweizerischer Volkspartei suscitent au sujet de leur politique migratoire des éloges remarqués de Le Pen et font désormais de l’ethnologie comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Certes beaucoup dénoncent l’aspect nauséabond des messages véhiculés, mais la vérité est sans odeur quand il s’agit d’images mentales et de croyances profondément inscrites dans l’imaginaire collectif. Une ethnopsychiatrie dévoilerait combien ce paysage mental esquisse une certaine Suisse sublimant l’ordre et la discipline, qui se voit comme un troupeau où les individus, pour avoir le droit de jouir de la prospérité nationale, ont le devoir de rester neutres et discrets, précis et ponctuels, propres et en ordre. Le mythe du mouton noir exprime dans sa quintescence la haine d’une certaine Suisse vis-à.vis d’une autre Suisse, plus petite, élective et cosmopolite, repérable dans l’écart à l’équilibre, la sortie de rang, les têtes qui dépassent. Le personnel politique dans son ensemble, celui qui se targue d’avoir du bon goût et des hautes vues, fustige la représentation des étrangers que l’affiche de campagne stigmatise et expulse du paysage suisse. Mais ce n’est pas là seulement ce que dit la carte postale-mentale de l’UDC, aujourd’hui plebiscitée par les urnes ; c’est à la fois beaucoup plus large et plus profond, beaucoup plus anodin et plus grave qu’une expression plus ou moins consciente de racisme ordinaire. La carte mentale ne dit pas tout à fait que « n’est pas Suisse celui qui est étranger ou n’est pas de souche blanche » mais putôt « n’est plus Suisse mais mouton noir celui qui génère désordre et dissonance au sein du troupeau ». On ne naît pas forcémment mouton noir, on peut donc le devenir. Même le mouton blanc – de cette race alpine où culminent blondeur et yeux bleus – peut devenir la bête noire que l’on cherchera à expulser du consensus et de l’identité nationale. C’est là exactement ce que pointe l’affiche de campagne de l’UDC et c’est ce qu’elle cherche à prévenir au sein des citoyens de souche ou naturalisés. Comment ne pas voir que le mythe du mouton noir est opératif à différents niveaux de la réalité culturelle, sociale et politique de ce pays ? Qui peut nier par exemple qu’à maints égards l’instruction publique, tant sur le fond que sur la forme, censée préparer le plus grand nombre aux métiers et aux savoirs d’avenir, pratique l’élevage et la « sélection culturelle naturelle » pour écrémer le plus petit nombre ? Et que les moutons noirs, briseurs de consensus, êtres doués de talent voire de génie, mais aussi individus trop actifs, fragiles ou sensibles, n’ont pas leur place dans la partition nationale. Depuis la fin du monde bipolaire, une partie notable de la population helvétique souffre d’une crise de la représentation, déchirée entre d’une part son intériorité qui bat le rythme du temps chronométrique, nourrie de précision, de stabilité, de certitudes et d’autre part la réalité d’un monde instable, imprévisible, rugueux et bigarré. Et comme partout ailleurs, le même mécanisme à complication anthropologique se déclenche ; à un moment donné de l’histoire locale des troupeaux, des meneurs en viennent à « bouc-émissairiser » la minorité silencieuse – religieuse ou éthnique – perçue comme un troupeau – émergeant et donc irréductible – de moutons noirs. Pour dire par exemple sa peur métaphysique des mahométans (ces êtres de croyance doublement inquiétants parce qu’étant des « soumis » insoumis), l’UDC lance l’initiative anti-minarets et dessine encore une autre carte mentale, signature caractéristique de la droite dure et du langage de l’extrême : l’affiche politique représente cette fois-ci l’érection d’une pointe phallique à plusieurs étages déchirant l’hymen représenté par la croix blanche nationale.
Initiative populaire fédérale « Contre la construction de minarets » Au-delà de la dimension libidinale et l’expression pathologique de l’identité nationale, entendez le désespoir, la crainte, ni plus ni moins, de disparaître : « parce que le corps de l’islam est tellement fort et brutal et la Suisse si petite, parce qu’il est si dangereux et nous si tranquilles... » L’externalisation des impensés et autres mythes de la caverne suisse dans laquelle semble s’être lancé systématiquement le plus grand parti suisse risque à terme de devenir source de désordre et d’effets secondaires. Un de ses paradoxes est qu’elle suscite des vocations croissantes de moutons noirs – ces égaux indomptables – qui dépassent le cercle des Suisses émigrés et des immigrés naturalisés pour toucher les milieux tout aussi créateurs de sens qui s’activent dans les arts et les lettres, les sciences et les affaires, l’humanitaire et la diplomatie. Ces hommes et femmes, libres d’appartenances partisanes, voient poindre le danger que les autres – têtes baissées du troupeau – ne voient pas ; qu’instrumentalisées, mécanisées et répétitives, les initiatives populaires et la démocratie directe perdent leur transcendance quand elles fonctionnent plus sur le mode du sondage que de l’élection, qu’elles n’expriment pas toute la liberté des individus et que celles-ci imposent souvent aussi l’autorité et l’ordre au détriment de l’autonomie et de l’égalité du plus grand nombre. L’ordre grégaire est premier, l’inégalité sociale sera seconde, et la prospérité impose le consensus sur tout ce qui reste non négociable parce que consubtantiel à la stabilité et à l’identité nationales – comme par exemple la sanctuarisation du secret bancaire. Telle pourrait être la légende de la prochaine carte postale mentale de l’UDC, maintenant qu’il ressort des urnes plus fort que jamais. Et pour tous les citoyens suisses qui ne vibrent plus de la mystique des troupeaux et des croyances ancestrales de l’alpage, le procès en accusation de mouton noir relève de la plus haute des élections. Réda Benkirane Réda Benkirane est sociologue et consultant international à Genève. Page personnelle sur internet : www.archipress.org/reda. Auteur du livre "Le Désarroi identitaire : Jeunesse, islamité et arabité contemporaines" aux éditions Cerf. Du même auteur :
Vos réactions et commentaires sur cet articlele 29 octobre 2007Bonjour, Salam, La première figure est liée à l’immigration. De 1974 à 2005 on a fonctionné en France avec le systeme de double peine pour les etrangers. Apres une période d’emprisonnement l’etranger en France pouvait se voir affliger une interdiction de territoire ou une expulsion vers son pays d’origine. Ce qui offusque en Suisse aurait du nous offusquer aussi en France ... Le drapeau suisse est le symbole de la cohésion des cantons suisses, les suisses se serent les coudes pour chasser l’allochtone criminel, l’immigration est lié au probleme de sécurité. (On a une une utilisation détournée du drapeau suisse il me semble que c’est protégé par la loi hélvétique ...) Il m’a semblé qu’en Suisse les partisans de ce parti d’extreme droite appellent déjà à renvoyer la famille entière si un des enfants commis un délit punis par la loi ... Ce parti surfe sur les craintes des suisses décérébrés par une propagande médiatique anti-immigration et islamophobe le tout lié au sécuritaire... L’Islam est percue comme un élément exogene menaçant d’ou le minaret qui transperse la suisse petit pays gentil et fragile. C’est le chaperon rouge et le grand méchant loup .. En Suisse le parti Socialiste n’a récolté que 19%, On peut donc comme dans beaucoup de pays européens se poser des questions sur les partis socialistes qui brillent par leur abscences d’alternative sur le theme de l’immigration et de la sécurité ... et par consequent ne représente qu’une faible force d’opposition et de proposition. C’est la le véritable drame que vit la Suisse.
Par Akram - le 29 octobre 2007 Il y aure toujours des individus pour nous dire que nous n’arrêtons pas de nous plaindre, que l’on doit cesser de jouer les victimes. Et pourtant les fait son là et bien là. Les musulmans suisses doivent se sentir bien seuls et bien démunis. Par Romain - le 29 octobre 2007
On se moque de la Suisse, mais en France ce n’est pas mieux, lisez attentivement en dessous des citations totalement véridiques. J’ai eu du mal à y croire et pourtant ces citations sont authentiques.ça fait terriblement froid dans le dos !!!!!! « Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels. » Pierre-André Taguieff (chercheur au CNRS), France Inter, 1997 « Avoir des Polonais, des Italiens, des Portugais, pose moins de problèmes qu’avoir des Noirs ou des musulmans. » Jacques Chirac, Le Monde, 21/06/1991 « Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, [les fils d’Allah] passent leur temps avec le derrière en l’air à prier cinq fois par jour [...] Ils se multiplient comme des rats [...] Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût. » Oriana Fallaci , (écrivain), La rage et l’orgueil, Plon, 2003 « Oriana Fallaci a l’insigne mérite de ne pas se laisser intimider par le mensonge vertueux. Elle met les pieds dans le plat, elle s’efforce de regarder la réalité en face. » Alain Finkielkraut, (philosophe), Le Point, 24 mai 2002 « Fallaci vise juste, même si elle peut choquer par certaines formules. » Pierre-André Taguieff, Actualité juive, 20 juin 2002. « Oriana Fallaci fait preuve de courage intellectuel. [...] Elle ne proteste pas seulement contre l’islamisme assassin. [...] Elle proteste aussi contre la dénégation qui a cours dans l’opinion européenne, qu’elle soit italienne ou française par exemple. On ne veut pas voir ni condamner clairement le fait que c’est l’islam qui part en croisade contre l’Occident et non pas l’inverse. » Robert Misrahi, (philosophe), Charlie Hebdo, nov. 2002 « Il n’y a pas d’assimilation des musulmans, ça n’existe pas, sauf en quantité infinitésimale. » Yves Guna (RPR), Le choc du mois, mars 1992 « Le voile est une opération terroriste. [...] En France, les lycéennes savent que leur voile est tâché de sang. [...] Dans nos écoles, question d’honneur, on n’enseigne pas à des élèves en uniforme. Sauf au temps du nazisme. » André Glucksmann, (philosophe), L’Express, 17/11/1994 « La démission devant le foulard islamique est une démission devant l’obscurantisme islamiste. [...] L’horreur algérienne témoigne, s’il en était besoin, que la barbarie au nom de Dieu constitue l’autre menace contre la République. Un fascisme peut en cacher un autre. » Jacques Tarnero, (CNRS), Hommes et migrations, mai 1997. « Inversez les deux voyelles, et dans voile, vous trouverez viol. En dissimulant ostensiblement le sexe au regard, fût-ce sous la forme symbolique de la chevelure, vous le désignez à l’attention ; en enfermant le corps féminin, vous le condamnez à subir l’effraction. [...] Toutes les coquettes le savent bien aussi, qui font de la comédie de la dissimulation la forme la plus raffinée de l’exhibitionnisme. » Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur, 16/09/2003 « On ne peut guère contester que le foulard islamique soit devenu en France l’emblème et le drapeau du système qui sévit actuellement à Téhéran et dans les maquis islamistes d’Algérie et d’Égypte [...]. En bonne logique républicaine, ce système devrait inspirer le même degré de répulsion qu’inspiraient aux meilleurs éléments de notre peuple il y a un demi-siècle les variétés diverses du fascisme. » Maurice Agulhon, professeur au Collège de France « Ce que la France doit à ses hôtes immigrés, ce sont les bienfaits de la culture française. » Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur,16/09/2003 « Le foulard est aussi une manière de dire aux professeurs : il y a quelque chose pour nous qui compte davantage que la culture que vous nous enseignez. Il y a, dans le foulard, un mélange de soumission des femmes et d’arrogance qui est une insulte à l’enseignement. Mais l’école est aussi un espace sacré. Devant la culture, on s’incline, on baisse la tête. » Alain Finkielkraut, L’Arche, juin-juillet 2003 « Le débat surréaliste actuel sur le foulard, véritable étendard de l’islamisme politique, la mise en cause de la laïcité française ne doivent pas faire perdre de vue qu’il s’agit là pour la France et les Français de refuser et de résister à l’implantation sur notre territoire d’une idéologie dangereuse, perverse et surtout mortelle pour la République. » Collectif de « l’appel de mai », Marianne, 05/05/03 « On connaît l’histoire vraie, devenue blague, où une Française se fait draguer par un Arabe, atmosphère plutôt sympa, mais au dernier moment elle ne veut plus coucher avec, elle n’est pas amoureuse ; et il lui lance : “tu es raciste !” [...] Or, ce qui s’est passé entre la France et l’islam, c’est qu’ “ elle” a accepté de coucher avec “lui”, qu’au fond ce n’était pas si désagréable, mais qu’après il l’a mise enceinte, puis l’a forcée à l’épouser, il la serre de près... Et, à un moment, elle veut dire stop et même revenir un peu sur ce qu’elle a donné. C’est le sens de cette “fermeté sur le voile” soudain revenue. » Daniel Sibony, psychanalyste, Marianne, 05/05/03 « L’affaire du voile est un symptôme parmi d’autres de la grande confusion qui règne sur les esprits [...] La régression a lieu sous l’effet conjugué d’un individualisme mal compris : chacun est libre dans notre système libéralo-libertaire. Libre tout seul ? Toutes ces libertés additionnées, ça donne quoi ? La grande chienlit ? » Anne Vigerie et Anne Zelensky, Le Monde, 29/05/2003 « Nous voici sommés de faire une place au foulard islamique dans l’école républicaine, de nous arranger des mariages arrangés et de plaider en guise d’idylle multicolore pour la banlieue universelle où tous les jeunes porteront leur casquette à l’envers et parleront une langue dévastée. » Alain Finkielkraut, Le Point, 24/05/02
Par Rouiched - le 29 octobre 2007
Ce qui se passe en Suisse confirme le rapport de l’ONU qui disait : "Dans le contexte actuel, l’islamophobie représente la forme la plus courante de discrimination religieuse", a déclaré ce juriste sénégalais dans son rapport au Conseil des droits de l’homme de l’Onu. "De plus en plus de dirigeants politiques, de médias et d’intellectuels assimilent l’islam à la violence et au terrorisme, et certains cherchent à réduire au silence ses pratiques religieuses en interdisant la construction de mosquées", a-t-il souligné. "Des partis politiques dotés de programmes ouvertement anti-islamiques ont intégré des coalitions gouvernementales dans plusieurs pays et commencé à mettre en oeuvre leurs programmes. En résumé, l’islamophobie est en train d’imprégner tous les aspects de la vie sociale."
Par Kadour - le 29 octobre 2007 Je ne connais pas la législation suisse, mais comment de telles affiches ont pu être tolérées dans une campagne électotale. Ces affiches sont-elles légales ? Y a-t-il eu des protestations ? Ces "dérives" sont tout siplment honteuses pour un Etat démocratique. Si la démocratie permet l’exlusion et la stigmatisation, peut-on encore se dire en démocratie ? Par Léonard - le 29 octobre 2007 Texte très intéressant qui permet de mieux comprendre les raisons pour lequelles ce vote vers l’UDC a eu lieu. Il n’en reste pas moins que tout ceci est inquiétant.
Réagissez !Source : http://www.oumma.com/Troupeaux-et-croyances-Le-mythe |
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